Des trophées plein la maison,
de l’espoir plein la tête !
Premier sauteur au monde à exécuter un triple saut périlleux, triple vrille, deux fois vainqueur de la Coupe du monde en saut acrobatique et deux fois médaillé d’argent au Championnat du monde, Yves La Roche n’a jamais baissé les bras.
par Hélène Fortier
Exemple de volonté et de courage, il a su faire confiance et lâcher prise, permettant ainsi à la Vie de guider ses pas, surtout dans les moments difficiles. Il avait un rêve et chaque jour, avec persévérance et détermination, il a avancé vers lui.
Son rêve? Avoir un trophée !
Enfant, ce rêve était d’avoir un trophée. Sans savoir dans quel domaine il l’obtiendrait, il s’est toujours appliqué à donner le meilleur de lui-même dans tout ce qu’il entreprenait. Quand la Vie a placé le ski acrobatique sur son chemin, il a éprouvé un tel sentiment de liberté et de bien-être qu’il a su immédiatement que c’était sa voie. Il avait 18 ans.
Résultat ? Aujourd’hui, il a des trophées partout dans sa maison! Et sa feuille de route est plus qu’impressionnante : premier sauteur du monde à exécuter un triple saut périlleux, triple vrille, deux fois vainqueur de la Coupe du monde en saut acrobatique, deux fois médaillé d’argent au Championnat du monde. Intronisé au Temple de la renommée du ski, il est le concepteur d’une rampe aquatique pour le ski acrobatique et a été entraîneur de l’équipe canadienne pour les Jeux olympiques de Lillehammer et de l’équipe japonaise pour les Jeux de Nagano.
Allez hop… dehors !
Très jeune, Yves a bénéficié du soutien de ses parents dans tout ce qu’il entreprenait, qu’ils soient d’accord ou non avec ses choix. Grand sportif, son père incitait les enfants à passer le plus clair de leur temps au grand air. Pas de gardienne pour diriger leurs jeux, ils les inventaient. Aîné d’une famille de sept enfants, dont trois ont gagné la Coupe du monde en ski acrobatique, il vivait dans une maison située juste au pied des pentes du Mont Saint-Castin à Lac-Beauport. La maison étant le lieu de rendez-vous de très nombreux amis, il y régnait une ambiance de fête quasi permanente.
La proximité des pentes de ski a fait en sorte que les enfants ont pratiqué très tôt ce sport. Et à force d’imagination et de défis, les frères La Roche sont devenus des chefs de file en ski acrobatique à travers le monde. Yves, un solitaire, ne s’est pas joint tout de suite à eux. Il consacrait plutôt son temps à la moto, la mécanique, la motoneige et l’ébénisterie. Un jour, fatigué d’être seul, il a décidé de rejoindre la joyeuse bande de ses frères en saut acrobatique; il n’aura mis que sept ans pour gravir la première marche du podium.
En décembre 1989, sa vie aurait pu chavirer à jamais à la suite d’un grave accident en parapente à Tignes, en France. Cet accident l’a plongé dans un coma qui a duré plus de 61 jours. À son réveil, il était cloué au lit et n’émettait que des sons incompréhensibles. Sa police d’assurance ne couvrant pas ce type d’accident, il s’est retrouvé vite sans le sou avec une femme et un bébé de six mois. Les médecins lui ont alors dit qu’il ne marcherait probablement jamais plus, ne pourrait plus conduire une automobile et qu’il aurait sans doute des difficultés permanentes d’élocution. Aujourd’hui, Yves marche, conduit une automobile manuelle sans système adapté et il prononce des conférences sur la motivation à travers tout le pays! Voilà pour la petite histoire.
Pas capable? Connaît pas !
Comment s’inspirer aujourd’hui de l’expérience de cet homme exceptionnel ? Yves a toujours eu une grande confiance en lui-même et en la vie. Il ne s’est jamais comparé aux autres. Celui qu’il cherchait à dépasser, c’était lui et personne d’autre. Alors, peu importait le rang qu’il occupait dans les compétitions, ce qui comptait réellement, c’était qu’il se soit amélioré : « Pas capable? Connaît pas !». L’important c’était de persévérer, de se fixer des objectifs quotidiens réalisables et d’avoir un rêve.
Inspiré par son rêve, Yves a toujours eu des buts à atteindre et des objectifs à rencontrer. Chaque jour était un rendez-vous avec la victoire. « Et quand tu as goûté à la victoire, tu ne peux plus t’en passer ! » Le soir, avant de se coucher, il s’endormait fier de lui, heureux de sa victoire du jour. Pas de « J’aurais donc dû! » à ressasser. Il faisait face aux situations tout de suite et en tirait la leçon. Pour Yves, il n’y a pas de verre à moitié plein ou à moitié vide, il y a un verre et c’est tout. L’important, c’est ce qu’on fait avec.
On n’essaie pas, on le fait!
Selon Yves, quand on effectue des sauts dont la trajectoire peut atteindre une trentaine de mètres de hauteur, il n’est pas question d’essayer. Essayer ouvre la porte à l’échec. On saute ou on ne saute pas ! La préparation physique et mentale est essentielle. Chaque mouvement doit être un automatisme. Une fois dans les airs, le corps doit savoir quoi faire et le mental doit lâcher prise. La visualisation est un outil très efficace, tout comme la répétition et la recherche constante de la perfection. Et ça, chacun peut l’appliquer dans la vie de tous les jours. Mais quand un jour on se retrouve lourdement handicapé après avoir connu la gloire grâce à un corps complice de nos exploits, la volonté à elle seule peut-elle nous indiquer la nouvelle voie du bonheur ?
Quand une porte se ferme,
la vie en ouvre une autre.
Durant les premières années, pour reprendre son autonomie, Yves a appliqué les mêmes valeurs de persévérance, de détermination et de dépassement de soi qu’il avait développées comme athlète. Il a fait mentir tous les médecins et thérapeutes grâce à la confiance qu’il avait en lui-même. Il est redevenu entraîneur de l’équipe canadienne de ski acrobatique et celle-ci a remporté plusieurs médailles aux Jeux olympiques de Lillehammer.
Mais à son retour, Yves fut remercié de ses services. Ayant tout donné à son sport, il ne savait rien faire d’autre. Il est alors devenu l’entraîneur privé d’un jeune athlète. Puis, l’équipe japonaise l’a recruté à titre d’entraîneur pour les Jeux olympiques de Nagano. Cependant, au fond de lui, il sentait que l’univers du ski n’était plus le sien et qu’il devait faire le deuil de l’athlète de niveau international qu’il avait été. Après ces Jeux Olympiques, il a décidé d’abandonner son poste d’entraîneur pour laisser la vie lui montrer un autre chemin.
Quel est ton rêve ?
Peu de temps après, on l’invitait dans les écoles pour remettre des méritas sportifs aux élèves. Lorsqu’il demandait aux enfants quel était le rêve qui les avait motivés, à son grand étonnement, il ne recevait la plupart du temps qu’un léger haussement d’épaules comme réponse. Il leur parlait alors de son rêve à lui et de ce qu’il lui avait permis de vivre d’extraordinaire. C’est à partir de ce moment-là qu’il a pris la décision d’aider les jeunes et les moins jeunes à trouver leur rêve et à le réaliser.
Mourir au passé pour vivre au présent
Il lui aura fallu plus de quinze ans pour faire le deuil de ce qu’il avait été avant l’accident. Page après page, il a refermé le livre de sa vie d’athlète, faisant ainsi place à tous les possibles. Aucune autre personne n’aurait pu le faire à sa place. Au contraire! Les personnes qui nous ont connus avant nous renvoient trop souvent l’image de celui que l’on a été. Elles restent attachées au passé au lieu de voir toute la richesse du moment présent. Pourtant, chaque instant est rempli de promesses! Mais on doit se rendre disponible pour en faire un vrai « présent ».
Aujourd’hui, Yves peut dire qu’il n’aurait jamais cru qu’un jour il serait conférencier, lui, le solitaire, parlant peu et n’aimant pas vraiment s’exprimer en public. Lorsqu’il s’est rendu compte que les jeunes l’écoutaient avec intérêt et qu’ils étaient touchés par son témoignage, il s’est senti comblé. Il avait trouvé sa nouvelle mission : partager son message d’espoir avec les autres, et plus particulièrement avec les jeunes.
Faire équipe avec la vie !
Depuis, la vie lui confirme chaque jour qu’il est sur la bonne voie. Il a réussi à surmonter ses problèmes d’élocution au point que son orthophoniste n’en revient tout simplement pas. On a publié sa biographie et une émission de télé d’une heure a été produite sur sa vie. La population et les gens d’affaires lui tendent la main pour soutenir son oeuvre : la Fondation Yves La Roche pour la jeunesse et pour l’avenir.
Aujourd’hui, quand les gens le croisent dans la rue, ce n’est pas à cause de ses trophées qu’ils veulent lui parler, c’est parce qu’il a surmonté son accident et en est sorti gagnant! Comment s’y est-il pris? En faisant équipe avec la vie, au lieu de lutter contre elle.
Garder l’esprit ouvert
Aujourd’hui, plus que jamais, nous sommes tous soumis à de très grands stress. Les exigences de la société sont une source continuelle de pression. Mais il y a toujours un côté positif aux épreuves que l’on doit surmonter. Avoir la foi, se faire confiance, accepter les événements tels qu’ils se présentent plutôt que de les fuir sont autant d’attitudes à développer qui nous permettent d’accomplir de grandes choses.
Apprendre à lâcher prise, garder l’esprit ouvert aux changements et être sensibles à ce qui nous rend réellement heureux afin de découvrir dans quelle direction avancer. Trouver son rêve et développer la volonté de le réaliser, voilà le plus grand défi.
VIVRE, C’EST…
Faire équipe avec la vie !
Quand la vie prend une direction à laquelle nous n’avions jamais pensé, nous devons accepter le défi qui nous est proposé. C’est la seule voie à suivre pour sortir vainqueur de cette expérience.
Transcris ici avec l'aimable autorisation du magazine VIVRE : http://www.magazinevivre.com